Génération 80/90 : une époque perdue ou un âge d’or oublié ?

On dit souvent que chaque époque a ses héros, ses repères et ses valeurs. Pourtant, lorsqu’on évoque la génération des années 80/90, un parfum de nostalgie flotte dans l’air, comme si ce monde disparu avait laissé derrière lui des orphelins de repères. Car cette génération, aujourd’hui adulte, se retrouve bien souvent qualifiée de “génération perdue” : trop jeune pour s’accrocher aux certitudes d’hier, trop vieille pour comprendre les codes de demain.


Des modèles plus grands que nature

Grandir dans les années 80/90, c’était avoir des figures masculines fortes et rassurantes : Michael Knight et sa voiture parlante K2000, Rambo et son courage inébranlable, Musclor levant son glaive pour crier “Par le pouvoir du crâne ancestral !”, ou encore Conan, symbole d’une force brute alliée à une volonté inébranlable.

Mais c’était aussi le temps des figures féminines inspirantes. Wonder Woman montrait qu’une femme pouvait être à la fois belle, puissante et juste. Sarah Connor (Terminator) incarnait la détermination et le courage face à l’inimaginable. Ripley (Alien) démontrait qu’une héroïne pouvait surpasser ses peurs et se dresser contre l’adversité, symbole d’indépendance et de résilience. Même dans les dessins animés, des personnages comme She-Ra ou Catwoman ouvraient la voie à une nouvelle vision de la femme : forte, intelligente et capable de tracer sa propre route.

Ces modèles féminins, tout comme les masculins, portaient un idéal : la force, le courage, la loyauté et le sens du sacrifice, mais aussi la tendresse, la protection et l’instinct maternel.


Les jouets et les premiers mangas : l’imaginaire en éveil

C’était aussi l’époque où les jouets nourrissaient l’imagination. Les enfants jouaient avec des Action Man ou des GI Joe, des figurines militaires et guerrières qui incarnaient des mondes de batailles et d’aventures. Pourtant, malgré cet univers armé, les enfants savaient faire la part des choses : ces jouets n’étaient pas une glorification de la violence, mais une façon de se raconter des histoires, d’inventer des scénarios et de créer des univers parallèles où le bien finissait toujours par triompher.

La découverte des mangas japonais a aussi marqué cette génération. Des séries comme Ken le Survivant, Nicky Larson ou Cat’s Eye étaient souvent pointées du doigt par les parents pour leur violence, leur sensualité ou leur côté “subversif”. Mais les enfants, eux, savaient distinguer fiction et réalité. Ils comprenaient qu’il s’agissait d’histoires, parfois exagérées, mais qui développaient leur imaginaire, leur sens de l’aventure et même certaines valeurs : la fraternité, la justice ou le courage face à l’adversité.


Un humour qui rassemblait

Cette génération a grandi avec des humoristes qui savaient se moquer du monde sans tomber dans le cynisme permanent. Les Nuls et Les Inconnus, par exemple, ont forgé un humour absurde mais fédérateur, qui permettait de rire ensemble, sans fracture ni polémiques constantes. C’était un temps où l’on pouvait rire de tout, car le rire avait encore pour but de rapprocher et non de diviser.


Quand la musique parlait à l’âme

La musique des années 80/90 n’était pas qu’une rythmique calibrée pour les charts. Elle avait quelque chose à raconter. Qu’il s’agisse de la mélancolie d’un Balavoine, de l’énergie de Queen ou des messages de Noir Désir, les chansons véhiculaient une émotion, un vécu, parfois même un combat.

Du côté féminin, des artistes comme Mylène Farmer, Madonna, Whitney Houston ou Céline Dion portaient des messages d’émancipation, de passion et de puissance vocale. Chacune à leur manière incarnaient une idée : celle que la femme pouvait être libre, créative, affirmée et inspirante.


Le jeu et l’innocence

Les jeux vidéo de cette période n’étaient pas une course effrénée à la compétition mondiale ni une pompe à microtransactions. Ils étaient faits pour s’amuser, seul ou entre amis, dans une simplicité brute qui ne demandait rien d’autre qu’une manette et un peu d’imagination. Les enfants, eux, restaient des enfants. Pas des adultes précoces façonnés par les réseaux sociaux, la comparaison permanente et l’obsession du paraître.


Une société différente

On inculquait encore le respect : respect des aînés, respect des règles, respect des autres. La famille était le noyau dur, parfois sévère mais souvent protecteur. Les repas du dimanche, les vacances en camping, les cousins qu’on retrouvait sans avoir besoin de planifier par WhatsApp : c’était une vie plus simple, moins éclatée.

Bien sûr, tout n’était pas parfait. Ces décennies ont connu leurs drames : la chute du mur de Berlin (1989) qui a mis fin à une ère mais ouvert de nouvelles incertitudes, l’explosion de Tchernobyl (1986) qui a rappelé la fragilité du progrès, ou encore la guerre du Golfe (1990-91) qui a marqué les écrans d’images terrifiantes. Mais malgré cela, le quotidien gardait une saveur de bonheur simple, de moments vrais.


Une génération entre deux mondes

La génération 80/90 se retrouve aujourd’hui prise entre deux feux : les souvenirs d’une enfance plus “pure” et la réalité d’un présent numérique, ultra-rapide et parfois déshumanisé. Peut-être que c’est cela, être une génération perdue : avoir connu la chaleur d’hier, tout en étant contraint de vivre dans un monde qui semble avoir oublié l’essentiel.

Mais au fond, n’est-ce pas cette mémoire collective, ce mélange d’innocence et de force, qui fait de cette génération l’une des plus riches en enseignements pour les temps à venir ?

Spécialiste autoproclamé de la procrastination constructive, je suis un fan inconditionnel de mangas, de comics, et tout ce qui implique des capes, des super-pouvoirs ou des héros avec des traumatismes non résolus (coucou Batman). Collectionneur compulsif de figurines — surtout si elles ont la forme d'une Batmobile ou portent une cape noire — j’ai transformé mon espace de vie en musée non officiel de Gotham City. Je suis également gameur à mes heures perdues (et il y en a beaucoup), avec un ratio skill/temps passé discutable, mais toujours enthousiaste. Toy photographe à mes heures les plus sérieuses, je mets en scène mes figurines mieux que certains blockbusters ne gèrent leurs CGI. Bref, j’ai 12 ans dans ma tête, mais avec une carte bancaire.

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