Fool Night : SUNRISE et SHAFT s’associent pour nous rappeler que le futur sera moche, dépressif… et végétal !

Parce qu’il manquait encore à notre bingo de la dystopie un anime où la solution à l’effondrement du monde consiste à transformer des humains en plantes, Fool Night a décidé de pointer le bout de sa chlorophylle avec un premier teaser vidéo. Et comme si le concept n’était pas déjà assez engageant pour ruiner notre moral, l’anime peut en plus se permettre de débarquer avec deux noms qui pèsent lourd dans le milieu : SUNRISE, qu’on ne présente plus dès qu’il s’agit de mechas, de Gundam et de guerres existentielles en orbite, et SHAFT, studio toujours prêt à nous servir de la mise en scène stylisée, des cadrages bizarres et une bonne dose de malaise poétique.

Autrement dit, si vous espériez une petite série légère pour accompagner vos soirées, vous pouvez déjà oublier. Fool Night semble plutôt vouloir nous tendre un miroir très sympathique sur l’état de l’humanité, l’effondrement écologique, la marchandisation du corps humain et la joie de survivre dans un monde où respirer devient lentement un privilège.


Un futur où l’humanité a tellement raté son coup qu’elle finit par se recycler elle-même en plante verte

Le postulat de Fool Night a au moins le mérite de ne pas faire semblant. Dans un futur lointain, la Terre est recouverte d’épais nuages qui empêchent la lumière du soleil d’atteindre le sol. Résultat : les plantes crèvent, l’oxygène commence à manquer, et l’humanité se dirige tranquillement vers l’extinction, avec ce mélange habituel d’impuissance et de décisions désespérées qui caractérise très bien notre espèce lorsqu’elle a détruit son propre environnement.

Face à cette situation légèrement inconfortable, les scientifiques ont donc trouvé une idée brillante, sans doute imaginée après une nuit blanche et beaucoup trop de café : la floromorphose. Le principe est simple, élégant, profondément terrifiant : transformer des êtres humains en plantes afin de produire de l’oxygène. Voilà. Le monde va mal, alors autant convertir directement la population en potager sous assistance respiratoire.

Présentée comme une solution de dernier recours, cette technologie pose évidemment quelques questions éthiques. Des détails, sans doute. Après tout, qu’est-ce qu’une petite négociation sur la dignité humaine quand l’alternative, c’est l’extinction pure et simple ? Fool Night semble justement vouloir s’engouffrer dans cette zone grise, là où la survie collective commence à exiger qu’on mette un prix sur la chair, le corps et l’existence elle-même.


Un héros ruiné, une mère malade, et une société prête à acheter votre humanité en plusieurs versements

Au centre de tout ça, on retrouve Toshiro Kamiya, qui n’avait déjà pas besoin d’un monde en train de suffoquer pour avoir une vie compliquée. Sa mère est gravement malade, les médicaments coûtent plus cher que ce que son salaire lui permet d’assumer, et la faim commence à s’inviter sérieusement dans le quotidien. Bref, le genre de situation où la société vous regarde sombrer avec beaucoup de compassion, puis vous propose gentiment de vendre votre corps à la science pour renflouer les comptes.

Acculé, Kamiya envisage alors de subir lui aussi la floromorphose, attiré par la compensation financière promise à ceux qui acceptent de renoncer à leur humanité pour devenir, en substance, un dispositif biologique de production d’oxygène. Le genre de choix de vie qui remet assez vite en perspective la notion même de “plan de carrière”.

Et c’est là que Fool Night devient autrement plus intéressant qu’un simple délire de science-fiction à concept. Car derrière son idée de départ volontairement glaçante, l’œuvre semble surtout vouloir parler d’une société prête à monnayer l’existence humaine, à transformer la misère en opportunité économique et à faire de la survie des plus pauvres un carburant pour prolonger un monde déjà condamné. En somme, une dystopie qui n’a même plus besoin de forcer très fort pour paraître crédible.


SUNRISE + SHAFT : l’un pour les robots, l’autre pour les névroses, ensemble pour nous achever proprement

Sur le papier, voir SUNRISE et SHAFT réunis sur un projet comme Fool Night a de quoi intriguer. D’un côté, SUNRISE et son savoir-faire sur les grosses licences, la SF, les conflits humains et les univers qui finissent souvent en drame politique avec explosions à la clé. De l’autre, SHAFT, studio au style immédiatement identifiable, expert en mise en scène expérimentale, en atmosphères dérangeantes et en personnages qui ont visiblement besoin de plusieurs années de thérapie.

Ajoutez à cela Atsushi Yukawa à la réalisation, Jin Tanaka au scénario un nom déjà passé par Oshi no Ko et Kowloon Generic Romance, Robert Sato au character design et Tatsuya Kato à la musique, et l’on obtient une équipe qui a clairement compris que pour raconter une histoire de fin du monde où l’on convertit les pauvres en plantes, il valait mieux avoir autre chose qu’un opening mignon et deux fonds fixes.


Netflix en 2026 : après les meurtres, les monstres et les drames familiaux, voici les humains en ficus

L’anime est prévu pour 2026 en streaming sur Netflix, plateforme qui continue tranquillement de collectionner les projets japonais comme si elle préparait l’apocalypse du divertissement en parallèle de celle de la planète. Pour l’instant, les informations restent encore limitées, et ce premier teaser joue surtout le rôle qu’on attend de lui : planter une ambiance, poser l’univers, et nous rappeler avec délicatesse que l’année 2026 pourrait très bien nous offrir un anime où devenir une plante représente un ascenseur social.

Ce qui frappe surtout, c’est que Fool Night n’essaie pas de vendre une dystopie spectaculaire ou bruyante. Le projet semble au contraire miser sur une ambiance lourde, un malaise diffus, et une violence plus sociale que purement physique. Une manière de raconter la catastrophe non pas à travers de grandes batailles héroïques, mais via le quotidien de gens poussés dans leurs retranchements par un système qui transforme leur détresse en ressource.


Un seinen de SF qui a l’air d’avoir compris que l’horreur la plus efficace, c’est encore celle qui ressemble un peu trop à la vraie vie

Adapté du manga de YASUDA Kasumi, publié depuis 2020 chez Shogakukan et fort de 11 tomes au Japon, Fool Night s’annonce donc comme un seinen psychologique et dramatique qui a l’intelligence de ne pas se reposer uniquement sur son concept-choc. Oui, “des humains transformés en plantes pour produire de l’oxygène”, ça attire immédiatement l’attention. Mais ce qui donne envie d’y croire, c’est surtout ce que l’œuvre semble vouloir faire de cette idée : une réflexion sur la pauvreté, la valeur du corps, la violence économique, la survie et la manière dont une société en crise trouve toujours le moyen de faire payer les plus fragiles.

Bref, si le teaser ne montre encore qu’un petit aperçu de ce que Fool Night a dans les racines, il suffit déjà à comprendre une chose : SUNRISE et SHAFT ne sont pas là pour nous vendre un simple anime de science-fiction de plus. Ils sont là pour nous rappeler que le futur sera peut-être sombre, toxique, inhumain… et que dans ce contexte, finir en plante pourrait presque passer pour une opportunité professionnelle.

Spécialiste autoproclamé de la procrastination constructive, je suis un fan inconditionnel de mangas, de comics, et tout ce qui implique des capes, des super-pouvoirs ou des héros avec des traumatismes non résolus (coucou Batman). Collectionneur compulsif de figurines — surtout si elles ont la forme d'une Batmobile ou portent une cape noire — j’ai transformé mon espace de vie en musée non officiel de Gotham City. Je suis également gameur à mes heures perdues (et il y en a beaucoup), avec un ratio skill/temps passé discutable, mais toujours enthousiaste. Toy photographe à mes heures les plus sérieuses, je mets en scène mes figurines mieux que certains blockbusters ne gèrent leurs CGI. Bref, j’ai 12 ans dans ma tête, mais avec une carte bancaire.

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